Fiches sanitaires détaillant les allergies des enfants, photos de séjour partagées avec les parents, base de données d'inscription : un ACM traite massivement des données personnelles, dont beaucoup relèvent de la catégorie « sensibles ». Le RGPD impose des obligations précises. Voici le guide pour être conforme, rédigé avec Clémence Vasseur-Montaigne, avocate associée spécialiste droit numérique.
Le règlement général sur la protection des données (RGPD), entré en application le 25 mai 2018, et la loi française du 6 janvier 1978 modifiée encadrent strictement le traitement des données personnelles. Pour un ACM, les données traitées sont nombreuses : identité des enfants et des parents, données médicales (PAI, allergies, vaccinations), photos et vidéos, données de paiement, communications. Beaucoup relèvent des « catégories particulières » de l'article 9 du RGPD, qui impose des protections renforcées. Cet article fait le tour des obligations applicables aux ACM en 2026.
Cadre juridique applicable
- Règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 (RGPD)
- Loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, modifiée par la loi du 20 juin 2018
- Lignes directrices de la CNIL sur le secteur éducatif et de la jeunesse
- Pour les collectivités : code général des collectivités territoriales, principes de transparence administrative
Qui est responsable de traitement
Au sens du RGPD, le responsable de traitement est la personne morale qui détermine les finalités et les moyens du traitement. Pour un ACM, c'est l'organisateur :
- La commune pour un ALSH municipal
- L'association loi 1901 pour un séjour associatif
- La société organisatrice pour une colonie privée
Le directeur d'ACM n'est pas responsable de traitement à titre personnel, mais il est l'opérationnel qui met en œuvre les obligations. Sa responsabilité personnelle peut être engagée en cas de faute caractérisée (violation délibérée).
Les six bases légales du traitement
L'article 6 du RGPD énumère six bases légales possibles pour traiter une donnée. Pour un ACM, les principales sont :
| Base légale | Quand l'utiliser en ACM |
|---|---|
| Consentement (art. 6.1.a) | Photos, communications marketing, newsletter parents |
| Exécution d'un contrat (art. 6.1.b) | Inscription, facturation, gestion du séjour |
| Obligation légale (art. 6.1.c) | Déclaration TAM, fiches sanitaires, conservation des registres |
| Sauvegarde des intérêts vitaux (art. 6.1.d) | Communication d'urgence vers le SAMU, allergies graves |
| Mission d'intérêt public (art. 6.1.e) | ALSH municipal dans le cadre du service public |
Le consentement n'est pas une base universelle. Pour la fiche sanitaire d'inscription, la base est l'exécution du contrat d'inscription. Pour les photos diffusées sur les réseaux sociaux, c'est le consentement. Confondre les deux est une faute fréquente.
Les données sensibles : article 9 RGPD
Certaines données bénéficient d'une protection renforcée. L'article 9 du RGPD interdit en principe leur traitement, sauf exception. Sont concernées en ACM :
- Données de santé : allergies, PAI, vaccinations, traitements médicaux
- Origine ethnique ou raciale : ne doit pas figurer dans une fiche d'inscription
- Convictions religieuses : régime alimentaire confessionnel relève de cette catégorie
- Opinions politiques : non pertinentes en ACM
Le traitement des données de santé pour un ACM est légitime sur la base de l'article 9.2.h du RGPD (médecine préventive ou du travail) et de la finalité de protection de la santé des mineurs accueillis. Les régimes alimentaires confessionnels relèvent de l'article 9.2.a (consentement explicite) : indiquer-les sur la fiche sanitaire suppose le consentement explicite des parents.
Photos d'enfants et droit à l'image
La photographie d'un enfant en ACM cumule deux obligations :
- Le droit à l'image (article 9 du code civil) qui exige le consentement
- Le RGPD qui impose une base légale et une information claire
Pour un enfant mineur, le consentement est donné par les deux titulaires de l'autorité parentale. Pour les usages :
| Usage | Consentement requis | Base RGPD |
|---|---|---|
| Photos individuelles internes (livret de séjour parent unique) | Oui, par les parents | Consentement (art. 6.1.a) |
| Photos collectives diffusées en interne | Information requise, consentement implicite ou explicite selon contexte | Information art. 13 RGPD + consentement |
| Photos sur site web public, plaquette, réseaux sociaux | Consentement explicite, écrit, distinct par enfant | Consentement art. 6.1.a + droit à l'image |
| Photos pour la presse | Consentement explicite, formalisé | Consentement art. 6.1.a + droit à l'image renforcé |
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Durée de conservation des données
Le principe RGPD est la conservation pendant le temps strictement nécessaire à la finalité. Pour un ACM, voici les durées de conservation usuelles, alignées sur la doctrine CNIL et les obligations légales :
| Donnée | Durée de conservation |
|---|---|
| Données d'inscription (identité, coordonnées parents) | 3 ans à compter du dernier accueil |
| Fiche sanitaire de liaison | 5 ans (alignement registre ACM) |
| Photos avec consentement explicite | Tant que le consentement n'est pas retiré, max 5 ans par défaut |
| Photos sans consentement explicite | Pas de conservation diffusable |
| Données comptables (factures, paiements) | 10 ans (obligation comptable) |
| Données salariés (CEE, contrats) | 5 ans après la fin du contrat |
Le registre des traitements
L'article 30 du RGPD impose à tout responsable de traitement de tenir un registre interne des activités de traitement. Pour un ACM, le registre doit décrire :
- Nom du traitement (inscription, fiche sanitaire, communication parents, photos, etc.)
- Finalité du traitement
- Catégories de personnes concernées (mineurs, parents, animateurs)
- Catégories de données (identité, santé, image, paiement)
- Destinataires (équipe d'animation, partenaires, prestataires, sous-traitants)
- Durée de conservation
- Mesures de sécurité (chiffrement, accès restreint, sauvegarde)
Le registre n'est pas envoyé à la CNIL spontanément. Il doit être disponible et présentable en cas de contrôle CNIL.
Les droits des personnes concernées
Les parents et les enfants disposent des droits suivants, à informer dans le formulaire d'inscription :
- Droit d'accès à leurs données
- Droit de rectification
- Droit à l'effacement (« droit à l'oubli ») dans les limites des obligations légales de conservation
- Droit à la limitation du traitement
- Droit à la portabilité (transfert vers un autre organisateur)
- Droit d'opposition pour certains usages (marketing, photos diffusables)
- Droit de retirer leur consentement à tout moment pour les traitements fondés sur le consentement
Le responsable de traitement doit répondre aux demandes dans un délai d'un mois maximum, prolongeable de deux mois en cas de complexité.
Sous-traitance et prestataires
Si vous utilisez un logiciel ACM, une plateforme de paiement, un service de communication parents, un hébergeur de photos : ce sont des sous-traitants au sens du RGPD. Vous devez :
- Signer une convention de sous-traitance (article 28 RGPD)
- Vérifier que le sous-traitant offre des garanties suffisantes (certification ISO 27001, hébergement en UE, etc.)
- Tenir à jour la liste des sous-traitants dans votre registre
Un sous-traitant qui héberge ses serveurs hors UE doit fournir des garanties spécifiques (clauses contractuelles types, certification adéquation, etc.).
En cas de violation de données
L'article 33 du RGPD impose la notification à la CNIL dans les 72 heures en cas de violation susceptible d'engendrer un risque pour les droits des personnes. Pour un ACM, les cas typiques :
- Vol ou perte d'un ordinateur contenant des fiches sanitaires
- Envoi de données à un mauvais destinataire (email)
- Compromission d'un compte du logiciel ACM
- Publication accidentelle d'une photo non consentie
La notification doit décrire la nature de la violation, les catégories et le nombre de personnes affectées, les mesures prises ou envisagées. Pour les violations les plus graves, les personnes concernées doivent être informées individuellement.
Sanctions CNIL
La CNIL peut prononcer des sanctions financières graduées :
- Avertissement (gratuit, public ou non)
- Mise en demeure
- Sanction financière : jusqu'à 20 millions d'euros ou 4% du chiffre d'affaires annuel mondial (pour les violations les plus graves)
Pour un ACM, les sanctions effectives observées sur les dernières années sont plus modestes (1 000 à 50 000 euros), mais en hausse constante.
Conclusion
Le RGPD n'est pas une couche de complexité gratuite : il protège les enfants, les parents, et les organisateurs eux-mêmes contre des risques juridiques de plus en plus suivis. Un ACM qui maîtrise son registre des traitements, qui formalise ses consentements, qui sécurise ses sous-traitants et qui forme son équipe est protégé. Un ACM qui improvise s'expose à un contentieux CNIL coûteux et à une perte de confiance des familles.


